« Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus » : ce ver d’Apollinaire imprègne tous les ferrovipathes (amateur de trains) comme Ralph Ochem. Rien de surprenant pour ce petit-fils d’aiguilleur, fils d’ingénieur SNCF et qui a longtemps vécu dans les gares au rythme des affectations de son père Louis.
Une passion est née, qui l’a poussé à intégrer en 2000 l’Association des modélistes ferroviaires du Territoire de Belfort. Un aboutissement vers une démarche collective après 40 ans d’une entreprise individuelle. En effet, durant quatre décennies, Ralph a créé dans son grenier avec patience, minutie et dextérité technique, un réseau «réaginaire» (mélange entre réel et imaginaire). « La base en est la ligne 4 Paris-Bâle à Vitrey Vernois, entre Lure et Langres, mais en laissant libre cours à mon imagination », explique-t-il.
Son souci du réalisme a amené le génial bricoleur à reconstituer, en plus des rails et des gares, tout l’environnement logistique : usine à gaz, entrepôt de charbon, dépôt de gasoil, station EDF, hangars à marchandises, etc.
Ralph a également représenté le milieu local avec mairies, école, églises, châteaux, commerces, habitat. La nature environnante aux paysages divers y est animée d’animaux et d’humains. « L’échelle est au 1/87e mais je l’ai quelques fois modifiée pour donner de la profondeur au tableau visuel ».
De la vapeur au diesel
Il fait avancer sur ce circuit une dizaine de locomotives numériques et analogiques. Le matériel transcende les époques de l’histoire du rail, locomotives à vapeur, au diesel, autorails, même s’il est centré sur l’époque 4 HO (1971-1990).
De son œuvre se dégage une incontestable nostalgie. « Celle du temps des omnibus où l’on prenait son temps jusque dans la France profonde », se plaît-il à dire. L’intérêt de sa réalisation est triple : prouesse technique, témoignage historique et intérêt patrimonial.
Ce chef-d’œuvre souffre cependant d’un handicap rédhibitoire. Lové dans un grenier dont il épouse avec grâce les quatre côtés, il ne peut être déplacé et n’est donc admiré que par quelques proches. Quel dommage !